Dictionnaire illustré des métiers imaginaires

9791031201252

« Tout ce qu’il y a de plus auguste, de plus sublime et de plus charmant dans l’humanité, et peut-être hors de l’humanité, a fait des jeux de mots. » C’est sous cette vénérable bénédiction hugolienne, extraite des Misérables, que nous plaçons joyeusement le présent ouvrage, hommage à la langue française, cette infatigable pourvoyeuse de proverbes, expressions et locutions pittoresques.
La littérature s’est depuis longtemps emparée de ces facilités de langage, outils syntaxiques qui tombent parfois dans le « prêt-à-penser ». Délicieux paradoxe : nos expressions sont à la fois des facilitatrices de communication et des fragments de poésie créés par l’intelligence collective. Et, dans le même temps, elles sont bien souvent les témoins d’une pensée cossarde et d’un appauvrissement certain du langage…

Les Doreurs de pilule s’adresse à l’adepte de cette vaste tradition littéraire qui court de Rabelais à Jean Vautrin, en passant par Rétif de la Bretonne, Rimbaud, Huysmans, Jarry, Céline, Vian, San-Antonio, et le Pef du « Prince de Motordu »…

Déjà, en 1549, dans La Defense et Illustration de la Langue Francoyse, Du Bellay n’incite-t-il pas les poètes à inventer des mots nouveaux et à vivifier la langue ? Un parti-pris défendu avec fougue par Louis-Sébastien Mercier dans son admirable, et tristement méconnu, dictionnaire Néologie, paru en 1801, dont l’épigraphe rappelle le mot de Voltaire : « Notre langue est une gueuse fière ; il faut lui faire l’aumône malgré elle. »

Bien entendu, Les Doreurs ont tout de l’exercice oulipien (l’auteur saurait d’ailleurs gré à la digne confrérie pataphysique de bien vouloir ajouter le présent livre à un futur dossier d’admission…). Car les ardents artisans de l’Oulipo, déstructureurs et décontextualiseurs systématiques du langage, opèrent avec un amalgame de légèreté et de sérieux qui n’a rien de contradictoire. Ils appliquent à la lettre l’axiome d’Alfred Jarry : « Les paronymes ont un sens mystérieux et clair pour qui sait les lire, et les jeux de mots ne sont pas un jeu ».

Les Doreurs de pilule a voulu confronter des expressions connues de tous en utilisant un procédé unique de détournement : leur transformation dans un nom de métier, de passe-temps ou de hobby qui aurait existé dans un passé disparu ou fantasmé. L’ouvrage se présente sous la forme d’une compilation de ces métiers imaginaires, organisés thématiquement : « L’artisanat », « Les beaux-arts », etc.

Les langages châtiés, argotique, désuet ou moderne s’y côtoient sans complexe.
Ami lecteur, sois en averti : le vrai et le faux se mélangent ici sans complainte ! Si les métiers sont imaginaires et les citations forgées de toute pièce, les références historiques, même aménagées avec une certaine licence poétique, s’appuient toujours sur un socle bien réel : car le pastiche dit toujours quelque chose de la réalité. Pour paraphraser l’avant-propos de Boris Vian dans L’Écume des jours, toutes les définitions présentées ici sont vraies, puisque je les ai imaginées d’un bout à l’autre. Un précepte confirmé par la vieille formule italienne : « si non è vero, è ben trovato ».

Mathias Daval

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